Nicolaas Garnick
Cet homme va bientôt mourir
Contre la peine de mort

 

Nicolaas Garnick, condamné à la peine de mort en Indonésie.

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Dick est un homme que je respecte. Qu'il soit impliqué dans une sale affaire de drogues en Indonésie me désole. Qu'il soit condamné à mort me révolte.
Je vous explique.
Dick est né en 1944 dans un camps japonais, en Indonésie, de père arménien et de mère hollandaise. Après la guerre il est resté avec sa mère dépressive, tandis que le père a essayé de reconstituer une vie pour sa famille en Indonésie. La mère, rapatriée en Hollande avec Dick, n'a pas pu y retourner. Le père est donc venu joindre sa femme en Hollande où ils ont eu cinq enfants de plus sans jamais avoir retrouvé une vie de couple équilibrée. Les enfants ont tous dû être placés dans des pensionnats, sauf Dick, qui avait 'le privilège' de pouvoir rester auprès d'une mère sombrant dans la psychose et d'un père alcoolique.
J'ai connu Dick la quarantaine passée, chaleureux, d'une hospitalité généreuse et d'une humour pleine d'humanisme. Il se considérait comme un homme qui a eu beaucoup de chance dans sa vie: une très jolie femme, deux beaux gosses et beaucoup d'amis. Il y avait pourtant une servitude en lui qui m'interpellait et parfois m'inquiétait, comme s'il se sentait coupable de sa part de bonheur dans une vie par ailleurs impitoyable contre laquelle il fallait par tous les moyens protéger les siens. Il allait infatigablement au devant des moindres besoins de sa femme et de ses enfants. Il s'entourait d'amis pour qu'au moins leur petit monde ait l'air d'une fête. Quiconque faisait appel à lui, Dick se pliait en quatre pour venir à son aide. On lui demandait un coup de main, il s'attelait à la tâche quelle qu'elle soit, sans jamais juger personne ni le service demandé...
Je trouvais ça, à l'époque, touchant et plutôt chic. Jusqu'à ce que je comprenne...
Et encore, qu'est-ce-que j'ai compris?
Qu'il y a des traumatismes qu'on ignore et qui régissent la vie comme des réflexes naturelles. De toute sa génération familiale qu'une seule soeur y a survécu, les autres sont morts jeunes dans la détresse la plus totale, soit par suicide (une soeur et un frère), soit dans une maison psychiatrique (une soeur), soit d'un cancer à l'âge de vingt ans (une soeur). Dick les a tous accompagnés dans le calvaire qu'était devenu leur vie sans sens apparent. Lui, qui semblait avoir trouvé le sens à la sienne dans la convivialité joyeuse, est toujours resté très attentif à la détresse humaine qu'il cherche à soulager par tous les moyens et surtout avec cette humour irrésistible, qualités qui lui attirent des amis de tout bord: ceux qui passent un bon temps avec lui, ceux qui s'appuient sur lui et ceux qui abusent de lui. Rares sont ceux qui le comprennent! Il ne les choisit ni ne les juge.
Par contre, c'est maintenant lui qu'on juge. Non pas pour la faute qui est la sienne, celle de ne pas se permettre de jugement sur les autres, non, pour un crime capital en Indonésie. Il a testé des matières de base pour la fabrication de l'ecstasie. Il s'est instruit sur internet. Si c'était par intérêt personnel pour 'la pilule de l'amour' ou pour rendre service à un pote est une question que je laisse volontairement ouverte, mais je me creuse l'esprit pour trouver une réponse satisfaisante à la question quel Méphistophélès l'a entraîné à en faire ses épreuves en Indonésie?
Il est vrai qu'il s'était endetté et que le mécontentement de sa femme l'angoissait. Son comportement absent à lui, en revanche, l'angoissait, elle, infiniment plus que l'endettement. Elle a essayé de le calmer, de le raisonner, rien n'y faisait. Il semblait pris par un vertige qui l'attirait vers l'abîme.
S'est-il vraiment rendu compte où il mettait les pieds? Et puis, a-t-il fallu qu'il repasse sur la scène de son enfance pour guérir de ses traumatismes? Ou est-il comme les oiseaux qui y retournent pour mourir? Tout ce que je sais, c'est qu'il est servi, il a écopé la peine de mort.

Malgré mon immense colère contre lui pour son délit par défaut de jugement - c'est moi qui juge et ça ne concerne que moi! - je lui reste quand-même redevable pour son humanisme hors pair. Il en a certes indiciblement plus qu'on n'en trouve dans un régime qui maintient la peine de mort - attention! pas pour combattre les drogues: l'usage indonésien n'a cesse d'augmenter autant sinon plus qu'ailleurs, mais comme arme dans une guerre archaïque du Bien contre le Mal où c'est inexorablement les puissants qui en retirent leur épingle, que ce soit dans le camp du bien ou du mal. Qui, à l'époque de la mondialisation, saura encore clairement distinguer entre les deux? Dick ne saura discerner qu'entre la joie et la détresse humaine là où il la voit, en partageant dans l'une et en subvenant à l'autre, au détriment de tout jugement moral. Juger au nom de quoi quand, avant l'âge même de jugement, on est imprégné du pire dont l'humanité soit capable au nom de la puissance? La seule valeur morale resté ancrée en lui est de soulager la souffrance humaine où il la rencontre. Certes, il est passé à l'âge de la raison comme tout le monde (mais à la différence de beaucoup d'entre nous, ce n'est pas la raison qui l'emporte lorsqu'il se voit confronté à la souffrance, c'est le coeur!) et comme tout le monde il doit assumer sa part de responsabilité dans le crime en payant sa dette envers la société dans un état de droit. Tout le monde est d'accord. On est également d'accord pour crier haut et fort que la peine de mort est injustifiée et injustifiable dans un état de droit (et j'ajouterais volontiers 'surtout dans son cas', si ça ne laissait entendre une graduation dans l'injustifiable). La peine de mort n'a sa place que dans un code pénal martial. Lorsque tel pays déclare la guerre contre les drogues, faut-il peut-être entendre qu'au niveau des stupéfiants il cesse d'être un état de droit?
Dick a été arrêté lors d'une razzia policière dans une usine d'acryl désaffectée où, depuis quelque temps, un équipe indo-chinois fabriquait des produits toxiques. Aucun lien entre lui et cet équipe-là, dont il ignorait jusqu'à l'existence, l'affaire dans laquelle il s'est fait enrouler n'en étant qu'au stade de test des matières de base... Oui, mais comment prouver tout ça?!
Dans un état de droit c'est à l'accusation de prouver la culpabilité de l'accusé, qui a toujours le droit de se défendre.
Dick a été jugé sur la seule preuve de se trouver dans un lieu où l'on fabriquait des produits stupéfiants. Le procès s'est déroulé sans interprète en langue indonésienne, l'avocat parlait un anglais incompréhensible dans la forme et dans le fond (sauf quand il s'agissait de son honoraire). Dick n'avait d'autre alternative que de lui faire confiance, mais se voyant condamné à la perpétuité, il a peiné pour traduire lui-même les minutes de son jugement où il n'a retrouvé aucune mention de circonstances atténuantes pour sa défense. Il a fait appel. La prison à vie a été maintenue contre lui sans que, encore une fois, il ait pu se défendre. Le fait de se trouver mêlé à une affaire de drogues en Indonésie est indéfendable par définition, paraît-il. Pourtant, c'était une procédure pénale civile, non pas martiale. Dick a donc forcément posé une demande en cassation pour vice de forme. Et voilà que la Cour Suprême change sa peine à vie en peine de mort, sans que ni l'avocat ni l'accusé soient invités à la séance. Son avocat n'a même pas été officiellement mis au courant du verdict. Le porte-parole de la Cour Suprême a simplement déclaré dans les médias que Dick était le pivot d'un réseau international de drogues qui méritait la peine de mort. Le gouvernement néerlandais a protesté formellement contre la peine de mort. L'avocat néerlandais, Bart Stapert, est persuadé que dans la justice indonésienne les droits de l'homme sont bafoués à tous les niveaux. Il se bat pour que le procès de Dick soit rouvert et cherche des sponsors.
Je lui souhaite tant ce procès, à Dick, pour qu'enfin il prenne conscience de ce qu'il ne doit plus rien à personne et qu'il puisse sereinement jouir de ce bonheur auprès de sa petite famille auquel, au plus profond de lui, il n'a jamais pu croire. Vous comprenez?

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L'AFFAIRE :


"Serge Areski Atlaoui, 43 ans, a été condamné mardi à la peine capitale, en même temps qu'un Néerlandais et que cinq Chinois, par la Cour suprême de Jakarta. "Je suis révolté", a déclaré mercredi ce natif de Metz (nord-est de la France), à l'intérieur de sa prison dans la banlieue de la capitale indonésienne. "Je ne peux pas l'accepter."

Il y a deux ans, l'homme spécialisé dans la construction métallique travaillait à son compte aux Pays-Bas. Touchant 1.600 Euros par semaine, en rétrocédant "50% aux impôts", il accepte une offre alléchante : créer une "fabrique d'acrylique" en Indonésie, pour une somme hebdomadaire, versée au noir, de 2.000 Euros. "J'ai su par la suite que ce n'était qu'une couverture", reconnaît-il.

En septembre 2005, M. Atlaoui participe donc à l'ouverture de l'usine clandestine à Serang, à 60 kilomètres à l'ouest de Jakarta. Il installe des "mixeurs, pompes et machines à distiller". Son employeur lui demande ensuite de s'occuper de la maintenance du matériel. "Je restais à mon appartement et quand une machine était cassée, ils me téléphonaient et je venais réparer"
.
Il affirme être alors persuadé que l'usine servait à effectuer des "tests" de fabrication du MDMA, le composant de l'ecstasy, sans produire de cachets. "J'étais sans crainte car ils m'avaient dit qu'ils ne faisaient que des tests." Le laboratoire illégal est démantelé en novembre 2005 dans un raid de la police. Arrêté et écroué, le Français sait que l'Indonésie réprime sévèrement le trafic de stupéfiants.

"Je me suis dis : je vais m'en tirer avec 15 ans (de prison)." Il se trompe. A l'issue d'un procès-fleuve, le procureur demande sa tête. M. Atlaoui est finalement condamné, le 6 novembre 2006, à la réclusion criminelle à perpétuité. La sentence est confirmée en appel.

Devant partager avec deux autres détenus une cellule de 6 mètres carrés, l'artisan-soudeur tente de ne pas sombrer, en s'adonnant à la lecture. Au bout de 9 mois, il obtient de déménager dans une cellule plus spacieuse.

En janvier 2007, il se marie même en prison avec sa compagne, Sabine. La décision de la Cour suprême est tombée mardi comme la foudre : Serge Atlaoui doit être fusillé, car c'est ainsi que sont exécutés les condamnés à mort en Indonésie.

Le technicien estime être injustement châtié, vu qu'il effectuait des tâches subalternes de maintenance. Il assure ne pas avoir touché aux stupéfiants. "Je ne suis pas chimiste", martèle-t-il.

Selon lui, la justice indonésienne a dans cette affaire épargné les accusés indonésiens, condamnés à 20 ans de prison alors qu'ils auraient directement participé à la confection de la drogue. "Tous les étrangers se retrouvent avec la peine de mort. Ils (les autorités indonésiennes) veulent dire que les étrangers polluent leur pays", affirme-t-il. "Ils (les juges) se servent de mensonges pour justifier la peine de mort"."

Article extrait de Journal Chrétien

 

LE CONTEXTE


"Le français, Serge Areski Atlaoui, 43 ans, et son coaccusé néerlandais, Nicolaas Garnick Josephus Gerardus, 61 ans, avaient été condamnés en première instance, en novembre 2006, à la réclusion criminelle à perpétuité.

Les deux hommes avaient été arrêtés en novembre 2005, lors d'un raid de la police qui avait démantelé une usine de production d'ecstasy et saisi plus de 100 kg de cristal de métamphétamine, à Serang, à 60 kilomètres à l'ouest de Djakarta.

Selon l'accusation, cette structure était "la plus importante jamais découverte en Asie du Sud-Est et la troisième plus importante du monde après une usine mise au jour en Chine et une autre aux Fidji."

L'unité indonésienne pouvait produire un million de cachets d'ecstasy par semaine pour une valeur estimée à 100 milliards de roupies (11 millions de dollars).
L'Indonésie, le plus grand pays musulman du monde, réprime avec sévérité la consommation et le trafic de stupéfiants. Des trafiquants, y compris étrangers, ont été condamnés à mort et fusillés.
Au moins 90 condamnés attendent leur exécution dans le couloir de la mort en Indonésie, avait estimé en septembre dernier l'organisation de défense des droits de l'homme Amnesty International. Parmi eux se trouvent six australiens."

SITUATION ACTUELLE : possibilités d'appel et recours possibles


Le seul espoir qu'il lui reste serait une grâce présidentielle. Selon son avocate, Nancy Yuliana Sanjoto, le verdict de la Cour d'appel pourra être contesté uniquement si l'on découvre un nouvel élément de preuve.

Suite à cette condamnation, la France s'est déclarée, par l'intermédiaire du porte-parole du ministère français des Affaires étrangères et européennes, Jean-Baptiste Mattéi, "préoccupée" et compte "engager toutes les démarches utiles" auprès de Jakarta pour le sauver du peloton d'exécution:
"M. Atlaoui bénéficie depuis son arrestation de la protection et de l'assistance consulaires françaises. En coordination avec nos partenaires européens et d'autres pays concernés, nous entendons engager toutes les démarches utiles auprès des autorités indonésiennes qui connaissent notre position sur la peine de mort. (...) Notre pays, tout comme ses partenaires européens, est résolument en faveur de l'abolition universelle de la peine de mort et condamne l'usage de celle-ci en toutes circonstances."

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